Mémoire du cœur

 

J’aime ces gens étranges

Des trous de plus en plus profonds se creusent dans leur mémoire

Des trous qui se remplissent de peurs, présentes ou passées, de plaies jamais guéries

Des trous qui délogent les interdits et les normes, d’où émergent des élans de vérité

Cette vérité commune à tous quand les masques ont fondu

Vérité nue, crue, intolérable, parfois cruelle

Vérité qui aime et déteste sans contrainte

Ce que la raison camoufle, l’Alzheimer le fait éclater au grand jour

L’inconscient se lézarde

Les blessures enfouies refont surface

Les photos flétries reprennent vie, comme les rêves révèlent ce que nous taisons le jour

Le temps passé devient présent

Et le présent n’est que l’instant

 

J’aime ces gens étranges

Leur raison déraisonne

Ils sont les délinquants de la comédie humaine

 

Le cœur ne fait pas d’Alzheimer

Il capte l’émotion et oublie l’événement

Saisit l’essentiel et néglige l’accessoire

Sent la fausseté des gestes et des paroles

Fuit le pouvoir et réclame la tendresse

 

Marie Gendron

Baluchon Alzheimer